Le "Créole", yacht de rêve ou bateau maudit?

  • Pitch:

    Ce film de la série "Navires de légendes" évoque la fabuleuse épopée d'un somptueux voilier qui fut notamment la propriété de Stavros Niarchos et de Maurizio Gucci. De nombreux témoins retracent l'étrange destin de ce yacht mythique, aujourd'hui contraint à une douloureuse retraite...  

    L'étrange histoire d'un trois-mâts maudit 

    L'histoire du Créole commence en 1926, quand Alexander Cochran, un richissime américain, commande aux chantiers britanniques Camper & Nicholson la construction d'un magnifique yacht de 64 mètres. Dessiné par Charles Nicholson, le voilier est un authentique chef-d'œuvre. 

    Pourtant, cinq mois après son lancement, Alexander Cochran décide de le renvoyer chez son constructeur, puis de le vendre : le bateau se révèle très inconfortable à la mer, il tangue dangereusement, sans raisons apparentes. Certains parleront plus tard de mauvais présages... Pour l'heure, ce sont deux lords anglais qui se succèdent à la tête du yacht, en 1929 puis en 1936 : cette époque est l'époque dorée du Créole, sur lequel se presse toute la bonne société anglaise. 

    Après la guerre – et sa réquisition –, une nouvelle vie commence pour le bateau : au début des années 50, il devient en effet la propriété de l'armateur grec Stavros Niarchos, qui le métamorphose en un véritable palace flottant. A partir de 1955, le rituel est immuable : chaque année, la famille Niarchos s'installe en avril à bord du Créole, souvent à Villefranche-sur-Mer ou à Monaco, jusqu'en novembre. 

    De là, entre mondanités sur la Riviera et croisières en mer Egée, l'armateur consolide son empire maritime. Mais l'homme, dont l'ennemi juré n'est autre qu'Aristote Onassis, fait également régner la terreur au sein de l'équipage du Créole. En mai 1970, coup de théâtre : sa femme, Eugénie Nivanos, décède mystérieusement. 

    Un an plus tard, Niarchos épouse Tina Nivanos (sœur d'Eugénie), dont Onassis s'est séparé pour épouser Jacky Kennedy. Le bateau, qui ne l'intéresse plus, est alors mis en vente, puis racheté en 1978 par une association danoise d'aide à la réinsertion de jeunes drogués. A l'issue d'un bref retour dans son chantier d'origine, le Créole entame un voyage de neuf mois. Ce périple – catastrophique – s'achève avec la saisie du bateau, l'association danoise n'ayant jamais payé ses dettes à Camper & Nicholson...  

    Le dernier acquéreur

    Une nouvelle fois mis en vente, le Créole est racheté en septembre 1983 par Maurizio Gucci, le même qui devient, sept ans plus tard, le prestigieux héritier de la maison de couture. Gucci récupère en fait une épave, qu'il entreprend de restaurer de fond en comble, y installant même une véritable scénographie avec œuvres d'art, antiquités, objets de vertu... Six années de travaux plus tard, le voilier est fin prêt. Las ! Une fois sur l'eau, il refuse de prendre le large. 

    Maurizio Gucci persévère : il décide de le renvoyer chez Camper & Nicholson, qui lui fabrique un nouveau jeu de voiles. L'initiative est couronnée de succès : enfin, le yacht semble obéir au vent ! Mais son histoire n'est pourtant pas finie. 

    Le 27 mars 1995, Maurizio Gucci est abattu de quatre balles dans le dos. Le meurtre, on le saura en 1998, est commandité par son ex-femme. A nouveau, le Créole est donc mis en vente. Mais aucun acquéreur ne se bouscule pour ce bateau de rêve. Indéniablement associé au malheur, le Créole est aujourd'hui amarré à l'année dans un port de la Méditerranée. Où il conserve tout son mystère.

  • Langue(s): français

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